Avignon, le 24 octobre
Cher(e) camarade, cher(e) ami(e),
En cette période d’actualité politique intense et angoissante pour notre avenir, réforme de services
publics , remise en question de l’indépendance de la justice et enfin réforme des collectivités territoriales, il me semble nécessaire de
réagir...
Tout d’abord, la Poste est sur le point de trébucher dans le traquenard de la privatisation, tendu par la
droite. Quel est son dessein ? Réduire à une misérable peau de chagrin les services publics qui constituent les piliers de la République et de l'égalité ? Nous devons à tous nos concitoyens des
services publics debout, partout et pour tous, et pas des sociétés marchandes, soumises à des carcans, dogmes et déviances comptables, qui se moquent éperdument du service rendu aux Français et
conserveront de facto un monopole qui empêchera la concurrence de lui imposer des baisses de tarifs.
Le Parti socialiste s’est mobilisé pour une votation citoyenne, organisée de concert avec de nombreuses
organisations syndicales et associations pour ne pas sacrifier ce qui fait notre ciment : le pacte républicain.
Cette initiative, qui a rassemblé près de 23 000 votants dans notre département et plus de 2,3
millions sur le plan du National, témoigne de la capacité des citoyens à se mobiliser pour défendre une société juste et solidaire.
Je tiens à te rappeler à cette occasion la pétition lancée par Michel VAUZELLE, président de la région PACA demandant l’inscription dans la Constitution d’une charte des services publics garantissant “le droit pour tous à des services publics de qualité et de proximité”.
Cette société, issue de nos idéaux républicains, est également mise à mal dans un de ses principes
fondateurs : l’école républicaine.
En effet, obliger les communes à financer des établissements privés, c’est déjà discutable. Mais forcer des
municipalités à subventionner des écoles privées en dehors de leur commune, sous prétexte que des résidents ont choisi d’y scolariser leurs enfants, c’est
scandaleux. On doit cette brillante idée au sénateur UMP de Haute-Savoie, qui a donné son nom à une loi qui devrait faire parler d’elle.
Le CNAL (Comité National d’Action Laïque) a rappelé dernièrement que les écoles privées perçoivent chaque
année plus de 10 milliards d’euros d’argent public (Etat et collectivités locales) pour développer un « caractère propre ».
Certains dénoncent la "sanctuarisation des inégalités": bien sûr qu'il faut condamner cet acquiescement et
même cet encouragement à déserter les écoles publiques pour une école payante, synonyme de communautarisme de castes sociales, synonyme de ghettoïsation scolaire car on laisse les inégalités
proliférer seules, sans moteur, abandonnées à leur propre sort.
Mais il faut surtout s'insurger contre cette énième concession de l'UMP à l'Eglise et au délitement progressif de la République telle que nous la concevons
fièrement. La paix sociale est en grande partie garantie dans notre pays grâce à la raison laïque: cette rigueur que nous nous sommes imposés en 1905 pour ne pas confondre ce qui est de l'ordre
du foyer, du privé, de l'intime, c'est-à-dire la foi, et ce qui est de l'ordre de la République, des affaires civiques, du vivre-ensemble, c'est-à-dire la
non-ostentation des croyances et donc le respect de chacun dès lors qu'il n'impose ses choix à personne et qu'on ne l'empêche jamais de penser, de croire, de
s'exprimer en toute liberté.
Une république qui est donc mise à mal par la destruction progressive des services publics, mais aussi par
le garant de l’application de ses principes.
Autre scandale : Jean SARKOZY a failli devenir à 22 ans le président d’une structure publique gérant des
millions d’euros. On nous dit qu’il sera élu, alors pourquoi l’UMP ne présenterait pas un candidat dont le parcours et les diplômes attestent de ses
compétences. N’y aurait-il personne de plus capable à l’UMP que Jean SARKOZY pourtant en deuxième année de droit. Qu’a t-il prouvé, quel est son mérite ?
On est loin des discours de Nicolas SARKOZY pendant la campagne des présidentielles…
Oui, il s’agit d’une république bananière.
Atteinte, il y a quelques temps à un autre des principes fondateurs de notre république : la
justice.
En ce qui concerne la faute langagière commise par Nicolas SARKOZY - le terme de "faute" étant ici
approprié, dans le sens d'une erreur qu'il faut sanctionner -, je dois dire que de la part d'un avocat de profession et a fortiori d'un Président d'une République démocratique, la négation de la
présomption d'innocence constitue un écart grave et lourd de sens. Il s'agit, après l'affaire COLONNA, faut-il le rappeler, d'une récidive, et cela doit nous interpeler: quelle vision intime Nicolas SARKOZY a-t-il de la justice dans notre pays ?
Sur un plan purement juridique, un Président de la République peut se constituer partie civile dès lors que
les faits concernent le candidat Nicolas SARKOZY et donc l'homme, le particulier d'avant mai 2007, et pas le chef de l'Etat. La distinction est primordiale.
On doit néanmoins refuser la confusion clairement prohibée entre exécutif, législatif et judiciaire. Nicolas
SARKOZY n'aurait-il pas oublié d'être attentif en cours lors de sa première année d'études en Droit ?
On doit néanmoins refuser l'utilisation du terme "coupable" au cours d'une procédure pénale par celui qui
doit être le garant des principes constitutionnels et donc des droits fondamentaux.
Tout cela est proprement scandaleux et nous devons nous battre.
Pour changer la France et sauvegarder ses valeurs, pour proposer un avenir meilleur à tous ceux qui ont
besoin d'espérance.
La garantie de l'égalité devant la justice, la garantie de l’école pour tous, la garantie de recevoir
notre courrier chaque jour de l'année dans toutes les communes de France et pour des sommes raisonnables, pouvoir vivre en paix avec tous ceux qui font la République, sans obstacle à sa foi et en
même temps dans un respect réciproque, ce sont des exigences républicaines... et ceux qui sont censés les préserver jouent aujourd'hui à un jeu malsain en les attaquant
vulgairement.
Enfin, depuis plusieurs mois maintenant, la communication élyséenne bat son plein sur les aspects les plus
anecdotiques et parfois les plus caricaturaux pour préparer le terrain à une réforme des collectivités locales qui, sous prétexte de simplification, porte un très mauvais coup à la démocratie.
Le prétexte du gouvernement : réduire le millefeuille administratif et le nombre d’élus locaux, réputés
trop nombreux et trop couteux. En réalité, rien ne permettra de réduire le nombre de collectivités dans le projet de réforme, sinon une maigre disposition sur
des rapprochements volontaires. Rien ne permet non plus d’affirmer que le nombre d’élus, notamment d’élus indemnisés, baissera tant le projet est confus et illisible.
Ce projet vient en écho à deux autres. Le premier concerne le redécoupage qui, à résultats égaux à ceux de
2007, permettrait à la droite d’obtenir près de 30 députés de plus. Le deuxième est la suppression de la taxe professionnelle qui priverait les collectivités de leurs ressources
nécessaires.
La création annoncée de « conseillers territoriaux » qui remplaceraient les conseillers régionaux
et généraux, au prétexte de limiter le nombre des mandats, instaurerait le cumul des fonctions et une professionnalisation des élus locaux. En voulant imposer un financement minimum de 50 % à la
charge de la collectivité maître d’ouvrage, ce texte instaure un formidable frein aux investissements.
Troisième danger : la volonté profondément recentralisatrice de ce
texte et la volonté d’affaiblir les collectivités territoriales qui représentent le principal contre-pouvoir actuel.
Et que dire du mode de scrutin majoritaire à 1 tour proposé par M. SARKOZY, qui est une grossière
manipulation électorale et qui met sous le tapis notre démocratie.
Enfin, les administrés ne seront pas consultés sur un projet qui affectera directement leur vie de
citoyen.
Pourtant des points de consensus existent et auraient dû être la base nécessaire à une réforme
partagée : clarification des compétences avec l’instauration d’une collectivité chef de file pour chacune d’entre elles, achèvement de la carte intercommunale avec l’élection au suffrage
direct des conseillers communautaires, établissement d’un véritable statut de l’élu local ou encore instauration d’un impôt économiquement plus juste et efficient, basé sur la valeur ajoutée,
pour remplacer la taxe professionnelle.
Cette réforme est une honte pour la démocratie mais c’est aussi une faute majeure pour l’avenir de notre
pays.
Nous devons nous ériger contre ces injures à nos combats historiques pour un monde meilleur. En ces temps de
rigueur et de mise à mal de nos principes républicains, des propositions communes de la Gauche sont donc plus nécessaires…
Christine LAGRANGE,
Conseillère municipale d’opposition à Avignon
Membre du Conseil National du Parti socialiste
chris-la@numericable.fr